Compte-rendu des conférences 2018 - Les Ménuires

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conférences RCMM 2018 - Les Menuires



VENDREDI 14 DECEMBRE 2018

8 heures 45

Accueil et ouverture

Les débats ont été animés par Patrice DREVET, journaliste.

Intervenants :
• André PLAISANCE, Maire des Belleville
• Jean-Pierre ROUGEAUX, Maire de Valloire et Secrétaire général de l’ANMSM
• Jean-Luc BOCH, Président de France Montagnes, Président du groupe de travail Neige-Météo de l'ANMSM, maire de la Plagne Tarentaise
• Christian REVERBEL, Organisateur des Rencontres Climat Météo Montagne


En ouverture des Rencontres Climat Météo Montagne 2018, André PLAISANCE, Maire des Belleville, s’est réjoui d’accueillir cet évènement et a souhaité à l’ensemble des représentants du monde de l’information, de la météorologie et de la montagne des échanges fructueux. Il a également mis en avant la dynamique et les actions portées par la commune en matière d’environnement et de développement durable, actions indispensables au maintien, voire au développement de l’activité économique locale.

S’agissant de la météo, les prévisions constituent un outil de travail incontournable pour l’ensemble des professionnels de la montagne. Elles fondent en effet l’organisation en amont du déneigement, le déclenchement des avalanches, les recommandations d’arrivées aux clients, etc. Cependant, la fermeture annoncée des centres montagnes Météo France est source d’inquiétudes, ceux-ci ayant développé une expertise de pointe au plus près du terrain.

Jean-Pierre ROUGEAUX, Maire de Valloire, est revenu sur l’impact du message véhiculé par les journalistes et les présentateurs météo, qui touche des millions de personnes. C’est la raison pour laquelle les professionnels de la montagne invitent à l’échange et au partage d’expériences, afin de relayer le meilleur discours possible. A cet égard, l’optimisation de l’information sur l’aléa avalanche constitue un véritable enjeu de communication pour aller un peu plus loin dans la finesse de l’analyse : « Il faut donner les bons éléments et il faut que les clients sachent les utiliser pour réussir leurs sorties de ski, dont il ne faut pas les sevrer. ».

Jean-Luc BOCH, Président de France Montagnes et Maire de La Plagne Tarentaise, s’est félicité du succès et des prolongements des Rencontres Climat Météo Montagne en termes de communication et d’information. En effet, les stations doivent satisfaire des obligations de résultat en matière de sécurité et, pour ce faire, elles ont besoin de s’appuyer sur des prévisions fiables.

Pour sa part, Christian REVERBEL, Organisateur des Rencontres Climat Météo Montagne, a attiré l’attention sur les professionnels de la montagne, en charge de la gestion des domaines skiables tout au long de l’année (hôtesse d’accueil de l’office de tourisme, techniciens, pisteurs-secouristes, observateurs météo, etc.). « Ces paysans des neiges qui s’appuient sur des coopératives situées en vallée, à savoir les centres Météo France de montagne, s’inquiètent de la fermeture annoncée et du regroupement de ces structures au sein d’unités éloignées. ». A l’instar des maires de stations, il a donc alerté sur la nécessité de continuer à fournir des informations fiables et de proximité tant à des fins de prévention que de soutien de l’activité économique. Un client heureux et satisfait de l’information relayée par les médias est un client qui revient !

9 heures 15

L’évolution du climat : Quels excès ? Quel avenir ?

Intervenant :
• Emmanuel BOCRIE, Directeur de l’unité Médias de Météo France


Emmanuel BOCRIE, Directeur de l’unité Médias de Météo France, a passé en revue les évènements marquants de l’année 2018. A ce titre, la zone Pacifique Nord-Est a connu une saison cyclonique précoce et intense, avec un indice d’énergie cumulative des cyclones ou ACE de 318, contre 287 en 2015.

Plus de 5 600 feux de forêt ont été recensés en Californie depuis le début du printemps, certains mortels, et liés à des conditions météorologiques particulières comme la sécheresse des vents. En Europe, où l’été a été particulièrement chaud, la Scandinavie a fait face à 3 mois de sécheresse et à des températures record, qui ont même dépassé les 30°C au niveau du cercle polaire. Plus de 50 feux de forêt ont ainsi été observés. Au Japon, l’épisode de canicule a provoqué plusieurs dizaines de morts, avec un record de température de 41,1°C en juillet. 42,6°C de température minimale ont également été mesurés à Oman !

Concernant la France, l’année 2018 a été marquée par 6 vigilances rouges, soit un chiffre exceptionnel, dont 1 vigilance rouge avalanche le 8 janvier. Sur le plan des températures, l’été 2018 a été le 2ème été le plus chaud jamais enregistré. A titre d’exemple, Paris a connu 98 jours à plus de 25°C contre 87 en 1947. 2018 s’annonce donc comme l’année la plus chaude en France avec une température moyenne de 14,4°C, soit un écart de +1,4°C par rapport à la normale, ces valeurs étant à confirmer. A l’échelle d’un siècle, la température annuelle moyenne en France augmente progressivement, et plus particulièrement depuis la fin des années 80.

Au 31 octobre, la quasi-totalité du pays était en situation de sécheresse, dans une moindre mesure dans la partie sud. En montagne, faute d’humidité, l’herbage s’est avéré insuffisant pour une deuxième fenaison, ce qui a impacté les agriculteurs. En lien avec les journées chaudes observées en plaine, la fonte du permafrost a généré des éboulements, notamment sur l’Arête des Cosmiques et le Glacier Carré.

Au regard de l’évolution des différents indicateurs du changement climatique, l’été 2018 s’annonce comme un été moyen en 2040-2050.

9 heures 25

Prévision météo et gestion prédictive de la ressource en eau en montagne

Intervenants :
• Emmanuel GERVAL, Directeur de l’agence Alpes Suez ;
• Benjamin BLANC, Directeur de la régie des pistes de la vallée des Belleville.


« En une vingtaine d’années, la neige de culture est devenue indispensable au fonctionnement de nos modèles économiques en montagne, sachant que la saison d’hiver représente la grande majorité du PIB local. » a rappelé Benjamin BLANC, Directeur de la régie des pistes de la vallée des Belleville. Précédemment utiliser pour pallier le déficit de neige naturelle en début de saison, elle constitue une sous-couche d’accueil et proposer un domaine skiable uniforme tout au long de la saison. Sa recette : de l’air, de l’eau et du froid, pour un coût de production 20 fois moins important qu’à l’origine ! L’enjeu porte donc sur la gestion de la ressource en eau, l’objectif étant de l’utiliser le moins possible en direct. Le réchauffement climatique étant indéniable, il importe que les exploitants soient extrêmement vertueux au cours des prochaines années.

Emmanuel GERVAL, Directeur de l’agence Alpes Suez, a présenté les missions incombant au titulaire de la délégation de service public d’eau et d’assainissement sur la commune des Belleville : l’approvisionnement en eau potable, la préservation du milieu naturel et la gestion des installations, sachant que la population des stations des Ménuires et de Val Thorens est multipliée par 20 en saison hivernale. Suez participe à l’objectif de conciliation de la neige de culture et de la ressource en eau avec les milieux et les autres usages. Dans ce cadre, il est indispensable que les différents partenaires travaillent ensemble afin d’utiliser l’eau à bon escient.

A cet égard, Benjamin BLANC a fait part des initiatives des différents domaines skiables de France en faveur d’une moindre consommation d’eau dédiée à la production de neige de culture. Aujourd'hui, 1 m3 de neige de culture coûte 3 €, pour 2M de m3 produits chaque année aux Belleville. Des outils ont donc été développés pour produire au plus juste, ce qui suppose une bonne connaissance en amont de l’érosion de la neige par les skieurs et de la météo.

Emmanuel GERVAL a précisé que les prélèvements dans le milieu naturel abondent à hauteur de 2/3 la production de neige de culture en période de basse fréquentation des stations, le 1/3 restant étant apporté en partie par le réseau d’eau potable en cours de saison. Chaque année, l’usage domestique de l’eau par les clients de la commune des Belleville représente 900 000 m3, contre 400 000 m3 pour la neige de culture.

Les ressources en eau de la commune des Belleville proviennent essentiellement des sources et des ruisseaux du territoire avec 21 captages (14 aux Menuires et 7 à Val Thorens), dont près de la moitié sont souterrains. L’ensemble des points de captage sont équipés de compteurs qui permettent de veiller au respect des débits réservés réglementaires. D’abord recueillie en milieu naturel, l’eau est ensuite traitée pour être rendue potable, puis stockée dans des réservoirs, pour un volume total de 9 000 m3, soit plus de 24 heures d’autonomie de consommation. Grâce à des milliers de capteurs, les données sont télétransmises et consultables à distance depuis un centre numérique Visio situé près de Lyon, où les équipes peuvent gérer à distance et en temps réel, 24/24 heures, d’éventuels dysfonctionnements dans les services d’eau et d’assainissement. Les usines d’eau potable et les réservoirs font partie d’un réseau interconnecté entre Val Thorens et les Menuires. L’interconnexion permet de substituer une ressource en eau par une autre ou de renforcer la distribution sur un secteur en cas de fuite, de forte demande, etc.

« L’agence Alpes Suez compte 110 collaborateurs qui partagent une même passion, celle de la montagne. » a souligné Emmanuel GERVAL. Les équipes sont ainsi formées aux risques présents en montagne par la Compagnie des guides de Chamonix et travaillent en étroite collaboration avec les gestionnaires de pistes.

En termes d’innovation, Emmanuel GERVAL a indiqué que Suez développe des modèles visant à anticiper l’évolution de la ressource en eau et des besoins en eau potable dans le temps. Cette démarche permettra d’informer en amont l’ensemble des partenaires sur la quantité d’eau dont ils pourront disposer pour produire la neige de culture et élaborer leur plan d’enneigement.

Benjamin BLANC a ajouté que les prévisions météorologiques fondent les plans de production de neige de culture selon les pistes, leur niveau de fréquentation, etc. pour déterminer le déclenchement de l’enneigement. Ces informations seront recoupées avec la ressource en eau disponible annoncée par Suez. « Nous ne serons plus dans l’attente et dans la réaction, mais dans l’anticipation, et ce en conciliant tous les usages de l’eau. » s’est-il félicité.

En conclusion, Benjamin BLANC a fait valoir que l’adaptation au changement climatique n’implique pas nécessairement l’arrêt d’une activité économique. Il importe tout autant d’améliorer ses performances de gestion et de développer des outils prédictifs. Pour sa part, Emmanuel GERVAL a précisé que Suez était un acteur engagé dans la préservation de la ressource au sens large, ce qui implique l’accompagnement à l’exploitation d’installations à haut degré technique tant au niveau de la gestion de l’eau que des déchets.

Enfin, à titre de comparaison, Jean-Pierre ROUGEAUX a fait valoir que la perte d’eau observée sur l’ensemble des réseaux de canalisations en France s’élève à 1,3 milliard de m3, soit 50 fois la ressource mobilisée pour l’enneigement des domaines skiables.

En outre, les retenues collinaires, essentiellement dédiées à la réserve d’eau pour la neige de culture et souvent décriées, offrent également des possibilités de pêche l’été, soutiennent l’agriculture, etc.

Christian REVERBEL a souligné que, dans le cadre de la production de la neige de culture, les exploitants des stations de montagne « ne font qu’emprunter l’eau le temps d’un hiver pour garantir le plaisir des clients et, par là, l’économie locale, ainsi que la protection de l’emploi. ».

9 heures 50

La météo, outils d’aide à la gestion du risque local d’avalanches

Intervenant :
• Robert BOLOGNESI, Docteur es sciences, Ecole Polytechnique de Lausanne, expert en nivologie dans le domaine des risques climatiques


Etablir en quelques instants un diagnostic du risque local d’avalanches sur son smartphone : c’est ce que propose NivoTest, l’application mobile créée par Robert BOLOGNESI, Docteur es sciences, Ecole Polytechnique de Lausanne. En effet, en cas d’avalanche, le DVA ou détecteur de victime sauve la vie de son utilisateur dans moins de 50 % des cas. La prévision est donc fondamentale, car il faut à tout prix éviter l’avalanche.

Dans ce cadre, il importe de ne pas sortir des pistes de ski dès lors que sont constatées une forte déclivité, une mauvaise visibilité, une forte surcharge et une faible portance. Cependant, ces préconisations sont pour le moins restrictives. Afin de renoncer moins souvent, il convient de mieux appréhender le risque d’avalanche. Outil d’aide la décision en temps réel, le NivoTest fournit un diagnostic précis le long de l’itinéraire choisi sur la base de questions simples (chutes de neige récentes, pluie, aspect du manteau neigeux, etc.) auxquelles répond l’utilisateur lors de la préparation de sa randonnée ou de sa sortie de ski hors piste. En lien avec les conditions nivo-météorologiques du jour, la topographie et les facteurs humains, l’application mobile permet d’obtenir une évaluation ponctuelle du risque, en complément du bulletin d’avalanches régional. Le diagnostic, formalisé par des smileys, est donné en temps réel, en fonction des observations faites sur le terrain par le détenteur de l’application. L’utilisateur obtient ainsi des éléments de décision, qui lui permettent d’orienter son choix.

Avec NivoTest, les débutants disposent d’un guide d’apprentissage pour appréhender la montagne. Pour leur part, les skieurs ayant déjà une certaine expérience pourront l’utiliser comme outil d’aide à la décision et les experts s’appuieront sur son profil didactique pour enseigner les bonnes pratiques.

Cette application repose sur plus de 15 ans de mesures d’échantillons tests, de déclenchements préventifs et d’analyse de cas à l’Alpe d’Huez avec des situations avalancheuses et des situations stables vérifiées. Il en est ressorti un jeu de paramètres avec les scores les plus efficients.

Le NivoTest est téléchargeable gratuitement sur l’Apple Store et Google Play. Il fonctionne également sans connexion internet, ni géolocalisation.

10 heures 45

Réseau nivo météo : quelles évolutions depuis sa création en 1946 ?

Intervenants :
• Cécile COLEOU, Coordinatrice technique nationale pour la prévision du risque d’avalanche Météo-France ;
• Michel CLEMENCON, Nivo-météorologue, service des pistes, Alpe d’Huez


Suite à l’accident de Val d’Isère en 1970, la prévision du risque d’avalanches et le réseau nivo météo s’appuient sur un partenariat fort entre Météo-France, l’ANMSM, les DSF, l’ADSP et d’autres acteurs de la montagne a rappelé Cécile COLEOU, Coordinatrice technique nationale pour la prévision du risque d’avalanche Météo-France. Ce réseau compte notamment des prévisionnistes nivologues de Météo-France et des observateurs (pisteurs le plus souvent), en charge des observations biquotidiennes (25 000 par an) des conditions météo, de la neige de surface, des avalanches et des profils hebdomadaires du manteau neigeux.

Michel CLEMENCON, Nivo-météorologue à l’Alpe d’Huez, a mis en avant le rôle d’archivage des données par les observateurs locaux, qui permettent de justifier a posteriori des décisions d’exploitation telles que le recours aux enneigeurs. Véritable mémoire du manteau neigeux de la station depuis 1978, cet historique de relevés constitué par le poste nivo-météo de l’Alpe d’Huez a donné lieu à la définition de repères fiables sur l’évolution et le déroulement d’une saison.

Concernant l’évolution de l’enneigement depuis le début des relevés nivo-météorologiques, Cécile COLEOU a attiré l’attention sur la variabilité interannuelle de la hauteur de neige. A cet égard, elle a rappelé que l’horizon de visibilité de toute prévision météorologique est de l’ordre de quelques jours. Plus l’échéance est visée est lointaine, plus elle est incertaine. Il est donc difficile de tirer les conséquences sur l’enneigement à l’échelle d’une saison, la performance de la prévision dépendant fortement d’épisodes météorologiques ponctuels.

Les données du réseau nivo-météo alimentent non seulement la prévision du risque d’avalanche, mais aussi des modèles de prévision météorologique, des supports de modélisation de la neige et de l’évolution de la stabilité du manteau neigeux, ainsi que la recherche appliquée.

« 40 années de suivi de l’enneigement permettent de spatialiser les données météo à l’échelle des massifs, d’avoir un état de la climatologie des années 80 jusqu’à nos jours et d’en tirer des tendances. » a poursuivi Cécile COLEOU. Il est ainsi à noter la récente parution d’une étude mesurant les perspectives d’enneigement et les impacts sur les ressources des stations en Isère pour la période 2025 à 2050. En termes de projection climatique, les décennies à venir verront le maintien d’une variabilité interannuelle et la raréfaction de l’enneigement, à décliner suivant les altitudes, les massifs et les scénarios. Autre piste intéressante à explorer : l’utilisation des données du réseau nivo-météo pour évaluer de nouvelles méthodes d’observation des avalanches, notamment par satellite.

En conclusion sur le risque d’avalanche, aucune évolution n’est à signaler au niveau du bulletin d’information réalisé par Météo-France, si ce n’est une légère modification d’ordre terminologique dans l’échelle de risque d’avalanche. En station, les drapeaux disparaîtront progressivement pour être remplacés par des pictogrammes symbolisant les cinq niveaux de risque d’avalanche.

Christian REVERBEL a souligné tout l’intérêt et la qualité de ce réseau de prévisionnistes et d’observateurs nivo-météorologiques, composé de professionnels compétents, motivés et montagnards. Ces observateurs formés à la lecture du manteau neigeux transmettent deux fois par jour les données de terrain en direct à Météo-France pour l’élaboration du bulletin de risque avalanche. Il importe donc de préserver la richesse de ces informations et leurs applications, d’autant plus qu’elles engagent la responsabilité des maires de stations à travers l’exercice de leur pouvoir de police face aux risques d’avalanche et, plus largement, l’ensemble de la sécurité de leurs domaines skiables.

11 heures 05

Présentation des premiers résultats du projet Prosnow

Intervenants :
• Carlo Maria CARMAGNOLA, Chercheur au Centre d’Etudes de la Neige, Météo-France/CNRS
• Hugues FRANCOIS, Chercheur à l’IRSTEA LESSEM
• Frédéric BRAY, Ingénieur à l’IRSTEA


« Le projet PROSNOW vise la conception d’un outil d’aide à la prévision météorologique, et à l’exploitation et climatique pour gérer au mieux le stock de neige sur les pistes. Il s’agit donc d’un outil très concret et appliqué aux domaines skiables. » a indiqué Carlo Maria CARMAGNOLA, Chercheur au Centre d’Etudes de la Neige.

Les stations de ski ont toujours plus recours au travail de préparation des pistes et à l'usage de la neige de culture pour pallier les aléas des variations de l'enneigement d'une année sur l'autre. Cette tendance devrait se confirmer dans le contexte du changement climatique, les chutes de neige se raréfiant progressivement. Optimiser le travail de la neige, et notamment la production de la neige de culture, est donc un enjeu majeur pour les domaines skiables et un objectif parfois difficile à atteindre. Associée à une estimation en début de saison des volumes de neige de culture nécessaires, la décision de produire ou non se prend au jour le jour, en fonction des conditions météorologiques du moment. Ce manque d'anticipation peut avoir des conséquences fâcheuses, telles que la fonte prématurée de la neige produite ou, au contraire, une surproduction, une fréquence de damage inadaptée, etc.

Il convient donc d’anticiper les conditions nivo-météorologiques pour optimiser la gestion de la neige sur les pistes. En complément des outils disponibles aujourd’hui (climatologie, prévisions météorologiques, etc.) et de l’expérience des professionnels, PROSNOW entend développer un service d'aide à l’optimisation de la gestion de la neige sur les pistes de ski en s'appuyant sur les prévisions des conditions nivo-météorologiques (températures humides, hauteurs et stocks de neige, volumes d’eau à consommer pour la production de neige de culture, etc.).

Financé par l’Union Européenne, le projet mobilise 5 pays alpins, 13 partenaires (scientifiques et industriels) et 8 stations de ski pilotes, ce qui permet de faire le lien entre la théorie et l’application concrète sur le terrain. Il fournira à terme des prévisions de hauteurs ou de stocks de neige, ce qui nécessite notamment de modéliser finement le manteau neigeux sur piste. « PROSNOW essaye donc de développer une version 2.0 de tout ce qui existe et proposer les cartes de neige de demain et d’après-demain. » a mis en avant Carlo Maria CARMAGNOLA.

Ces prévisions combineront les prévisions météo d’un jour à l’autre, les observations locales des stations, la modélisation du manteau neigeux et les pratiques de gestion de la neige, ainsi qu’une évaluation des résultats par télédétection et images satellites de l’enneigement. Les 8 stations pilotes, associées dès l’origine du projet, participent aux tests de l’outil et à la réévaluation des besoins. Pour chaque secteur de piste, il sera possible d’étudier l’évolution de la neige en fonction des choix d’exploitation et de gestion.

Les exploitants des stations de ski ont d’ores et déjà manifesté un très fort intérêt pour les solutions que pourra apporter PROSNOW, qui a reçu le prix spécial du jury aux Digital Mountain Awards 2018.

Au regard des attentes des domaines skiables (réduction de l’incertitude des prévisions, amélioration de la résolution spatiale, amélioration de la prévision des vents, anticipation des périodes de froid, etc.), Hugues FRANCOIS et Frédéric BRAY, Chercheur et Ingénieur à l’IRSTEA, ont présenté la première version du démonstrateur et de l’interface PROSNOW, qui exploite les données des stations de La Plagne et des Saisies et établit des prévisions de hauteur de neige en fonction des stratégies d’enneigement. A terme, PROSNOW contribuera à :

• améliorer la gestion de la production avec l’identification de créneaux de production optimaux, l’identification de zones prioritaires pour l’enneigement et la mise à disposition de différents scénarios de production ;
• assurer l’ouverture, le bon déroulement et la fin de saison ;
• économiser les ressources et réduire la consommation énergétique.

11 heures 35

Les pitchs des Rencontres

Intervenants :
• Olivier MARCHAND, Directeur général de Sanisphère ;
• Luc FLYE SAINTE-MARIE, Co-gérant et fondateur d’Eneos ;
• Philippe MEYRAND, Vice-président du développement de Novimet


Olivier MARCHAND, Directeur général, a présenté les activités de Sanisphère, entreprise spécialisée dans la conception, la fabrication, la vente et la maintenance de toilettes publiques écologiques. Le recours à la technologie brevetée dite à « lombricompostage » permet aux toilettes sèches de fonctionner sans réseau ni raccordement, sans électricité ni énergie, sans entretien, sans produit chimique, sans eau et surtout sans odeur pour les utilisateurs. D’une grande facilité d’entretien, la toilette Sanisphère requiert une maintenance préventive légère, une fois par an, l’évacuation du compost intervenant tous les 5 à 15 ans. Conçue pour supporter les pics de fréquentation touristique, elle a recours à la ventilation naturelle, avec une aspiration constante de l’air vers le local technique.

Les WC et toilettes biologiques à compost Sanisphère sont particulièrement appropriés pour les stations de ski, les équipements en altitude, les refuges et gîtes d’étape, les sites touristiques, etc.

En parallèle, Sanisphère poursuit ses efforts de recherche et développement, mais aussi de coopération avec d’autres équipementiers sous l’égide de la Fondation Bill & Melinda Gates, afin de développer une norme internationale pour les toilettes biologiques.

Pour Eneos, architectes et bureau d’études en ingénierie et maîtrise d’œuvre énergétique, Luc FLYE SAINTE-MARIE, Co-gérant et fondateur, a présenté différentes réalisations dans le domaine de la rénovation énergétique et de l’amélioration de la performance globale de bâtiments existants.

La requalification de l’immobilier en montagne nécessite une expertise particulière, compte tenu notamment du climat de montagne, de l’usage et des caractéristiques de construction de ces bâtiments. Ceux-ci datent des années 60, 70 ou 80 et ne répondent plus, bien souvent, aux normes et attentes actuelles, en particulier pour sur le plan énergétique (mauvaise isolation, qualité d’usage dégradée, consommation énergétique, etc.). Dans ce contexte, il est possible d’atteindre 70 % d’économies d’énergie sur un bâtiment grâce à des travaux de rénovation, voire de transformation de la conception d’origine. A titre d’exemple, un programme de rénovation de l’enveloppe du bâtiment Savoie à Tignes a permis un gain de 75 tonnes équivalent CO2 par an voici 4 ans. Les impacts sont également appréciés sur le plan du confort intérieur, ainsi qu’au niveau de la revalorisation patrimoniale du bien immobilier.

« Eneos s’inscrit comme un coach en bâtiment qui va permettre à ses clients de caractériser leurs besoins, de faire les bons choix techniques et économiques, de diminuer les consommations d’énergie, etc. ». La rénovation de l’immobilier en montagne constitue un véritable levier au service de l’ensemble des acteurs de l’écosystème station a conclu Luc FLYE SAINTE-MARIE.

Fournisseur de solutions technologiques en hydrométéorologie, Novimet est une entreprise innovante émanant du CNRS a indiqué Philippe MEYRAND, Vice-président du développement.

Novimet a développé une nouvelle technologie, le logiciel Zphi, qui permet d’anticiper 2 heures à l’avance les précipitations (pluie, neige, grêle) avec une indication de durée, d’intensité, de quantité et leur géolocalisation, à partir de mesures radar. Ces éléments sont ensuite accessibles via la plate-forme de services web RAINPOL pour des applications métiers et des alertes, notamment dans les Alpes-Maritimes. La mesure brevetée Novimet est une innovation française 100 % digitale

A travers sa déclinaison RAINPOL Ski, Novimet propose aux exploitants de domaines skiables des produits et des services de haute précision : cartographie des précipitations (pluie et neige) en temps réel à haute résolution, indication du cumul de neige sur une heure et 24 heures, anticipation des précipitations et alerte en cas de dépassement de seuil. A travers l’exemple du domaine de Valberg, Philippe MEYRAND a illustré la concordance entre les mesures Novimet et les valeurs relevées sur les pistes.

Le procédé Novimet a vocation à être le « chaînon manquant » entre les modèles météo à grande échelle et la réalité de ce qui arrive sur le territoire. « C’est l’outil 4.0 du nivologue en soutien de son travail sur les pistes. » a souligné Philippe MEYRAND.

11 heures 55

L’équipe de « Bon Appétit Ski »

Ski, humour et belles images sont au cœur de la philosophie de « Bon Appétit Ski », websérie diffusée sur You tube. Créée par un groupe d’amis engagés, l’objectif premier de partage de la passion du free ride a évolué vers une volonté de sensibilisation aux enjeux climatiques et au développement durable, désormais intégrée dans les différents épisodes de « Bon Appétit Ski » sur internet.

Le teasing d’un épisode de « Bon Appétit Ski » a été projeté à l’assemblée.

12 heures 05

Signature du partenariat entre POW « Protect Our Winters » et Les Menuires

Rendez-vous unique entre les médias, les scientifiques et les professionnels de la Montagne, les Rencontres Climat Météo Montagne ont été l’occasion pour les stations des Menuires et de Saint Martin de Belleville de s’engager en faveur du développement durable avec la signature d’une charte d’engagement réciproque et d’un partenariat avec l’association POW « Protect Our Winters ». Elles sont devenues le premier domaine skiable français à intégrer la POW Resort Alliance rejoignant ainsi le club des stations leaders sur le plan climatique à l’image de Vail ou d’Aspens aux Etats-Unis.

André PLAISANCE, Maire des Belleville, s’est félicité de la signature de cet accord historique et a affiché avec fierté son engagement. Il a invité ses pairs à suivre cette démarche et à s’associer aux actions de POW.

SAMEDI 15 DECEMBRE 2018

9 heures

L’hydrogène, énergie propre de demain : comment ça marche ?

Table ronde animée par Michel CHEVALET

Intervenants :
• Jacques TREINER, Physicien, chercheur associé au LIED, Université Paris-Diderot ;
• Julien CHAUVET, Directeur de Engie Cofely Hydrogène France ;
• Jean-Michel AMARE, Président d’Atawey ;
• Gilles ARGOUT, Directeur de concession, Jean Lain Automobiles ;
• Catherine AZZOPARDI, Dir. Environnement et Energie, Région Auvergne-Rhône-Alpes ;
• Fabrice PANNEKOUCKE, Conseiller régional et Maire de Moûtiers ;
• Edouard DOVILLAIRE, Directeur recherche et développement de POMA


1. Le point de vue d’un scientifique sur l’hydrogène et la problématique de stockage de l’énergie

« L’énergie n’est pas une chose, mais un concept abstrait de nature mathématique qui vit dans le cerveau des gens qui l’utilise et qui sert à quantifier les transformations de la matière. Nous ne vivons pas d’énergie, mais de matière transformée. » a expliqué en préambule Jacques TREINER, Physicien, chercheur associé au LIED, Université Paris-Diderot. Le vocabulaire de l’énergie apparaît dès lors que l’homme cherche à quantifier et à accrocher des nombres pour dimensionner des choses et des systèmes. Une source d’énergie, c’est donc un système susceptible d’enclencher une série de transformations physiques ou chimiques permettant, en fin de chaîne des transformations, de satisfaire les besoins d’un individu ou d’une société.

Qu’est-ce donc que stocker de l’énergie ? C’est remonter une partie de la chaîne des transformations jusqu’à la source. Pour prendre l’exemple de la consommation d’électricité en France, tout le problème pour le gestionnaire de réseau consiste à équilibrer la production avec la demande d’énergie. Les fluctuations de la demande, de l’ordre de 10 à 15 % de l’appel global de puissance, sont essentiellement gérées par l’hydraulique.

Pour sa part, la production globale d’énergie éolienne à l’échelle européenne fluctue davantage que la demande. « Comment équilibrer la production à la demande alors que la production ne dépend pas de nous, mais d’Eole ? » s’est interrogé Jacques TREINER. Plus largement, les énergies renouvelables ne produisent pas de CO2, mais les flux sont par essence intermittents. Il faut donc imaginer d’autres modes de gestion des fluctuations de production, celles-ci étant 5 fois plus importantes que les fluctuations de la demande. Or il est actuellement impossible de stocker de grandes quantités d’énergie pour les réinjecter dans le système en cas de besoin. C’est d’ailleurs ce qui limite à 35, voire 40 % la pénétration des énergies renouvelables (éolien, solaire, etc.) dans les réseaux électriques. Voilà pourquoi l’Allemagne, qui a développé une grande puissance éolienne et solaire, ne diminue pas pour autant ses émissions de gaz carbonique. Pour pallier l’intermittence, elle a recours au charbon.

Quelles pistes envisager pour le stockage de masse ? Les plus intéressantes ont trait au stockage chimique avec, comme vecteurs, l’hydrogène ou le méthane de synthèse. L’hydrogène, s’il est fabriqué sans émettre de CO2, c’est-à-dire par électrolyse de l’eau à partir d’électricité renouvelable intermittente, recueille tous les suffrages. Cependant, les chaînes de transformations physiques et chimiques sont complexes et longues, avec des pertes énergétiques importantes et des rendements globaux faibles. Or il convient de distinguer les pistes de recherche et les systèmes matures, directement mobilisables dès lors qu’il s’agit d’approvisionner la société.

L’hydrogène est l’élément le plus abondant dans l’univers, mais il ne se trouve pas à l’état naturel sur Terre. Aujourd'hui, 95 % de l’hydrogène utilisé est obtenu à partir du méthane et 5 % à partir de l’électrolyse, ce qui est loin de constituer un gain sur le plan du CO2. Tout l’enjeu consiste donc à développer la filière électrolyse. C’est l’objectif à garder en ligne de mire, sachant que le coût du kWh d’hydrogène issu de l’électrolyse est largement au-dessus du coût du kWh d’hydrogène obtenu par vaporeformage du méthane. Il y a donc beaucoup de travail en perspective !

Enfin, Jacques TREINER a invité à débattre d’une piste encore inexploitée pour décarboner l’énergie : la production en série de voitures de 2 l/100 km, qui seraient bien supérieures aux véhicules hybrides et permettraient un gain au niveau des émissions de CO2, ainsi qu’au niveau de la facture d’importation du pétrole.

En complément de cette explication théorique, Michel CHEVALET a précisé que le succès d’une source d’énergie tient à sa disponibilité, son abondance, son prix et à sa densité énergétique. « S’il est un chiffre à retenir, c’est celui de l’énergie contenue dans un 1 l d’essence, qui est considérable, à savoir 10 kWh. ». Il est donc très difficile de trouver une source équivalente et en mesure de remplacer les hydrocarbures.

L’hydrogène est un élément abondant, énergétique, léger, etc. mais il n’existe pas à l’état libre. Pour obtenir la même quantité d’énergie que celle contenue dans 1 kg d’hydrogène, il faut 4 kg de charbon, 2,8 kg d’essence ou 2,4 kg de gaz. Comment récupérer cette énergie ? Par la combustion, mais il est préférable de réserver cette solution à la propulsion de fusées. La meilleure piste à envisager est celle de la pile à combustible, qui fonctionne sur le mode inverse de l’électrolyse de l’eau. Elle est composée de deux plaques (une pour distribuer l'hydrogène, une autre pour distribuer l'oxygène), deux électrodes pour faire circuler le courant électrique, de membranes échangeuses de protons qui laissent passer les seuls noyaux des atomes d’hydrogène et de catalyseurs en platine. Les noyaux d’hydrogène traversent les membranes et se recombinent à l’oxygène, ce qui libère des électrons et des molécules d’eau.

Parmi les domaines d’application de la pile à combustible, il est à noter la mise en service du premier train à hydrogène fabriqué par Alstom en Allemagne. Ce train zéro émission est équipé de piles à combustible qui transforment en électricité l'hydrogène stocké sous forme gazeuse dans le toit. De plus, les rames sont équipées d'un système de récupération d'énergie au freinage qui alimente des batteries lithium-ion, lesquelles sont sollicitées durant la phase d'accélération. Un plein d’hydrogène assure 1 000 km d’autonomie au train, qui pourra par ailleurs rouler à une vitesse maximale de 140 km/h. La recharge se fait en quelques minutes à une station. La SNCF commence à s’intéresser à cette solution et a commandé des prototypes en vue d’un test sur les lignes françaises.

« Vous pouvez trouver des piles à combustible en vente au supermarché aux Etats-Unis, mais aussi dans des chauffe-eaux, etc. C’est une technologie encore très chère, mais mature, qui se diffuse de plus en plus. » a conclu Michel CHEVALET.

2. Témoignages de concepteurs et d’utilisateurs

Jean-Michel AMARE, Président d’Atawey, a présenté les applications développées par son entreprise, en premier lieu le stockage des énergies renouvelables dans des sites isolés (refuge, écolodge, habitat, etc.) et dans des conditions extrêmes. A partir de sources photovoltaïques, éoliennes ou hydrauliques, le système Atawey garantit un approvisionnement énergétique quelle que soit la variabilité et les changements de consommation. Il consiste en un système de stockage court terme (jour-nuit) avec des batteries, et un système de stockage long terme (année) avec une chaîne hydrogène.

2015 a marqué un tournant pour Atawey avec le développement de l’activité vers la mobilité hydrogène et la mise sur le marché d’une gamme de stations de recharge d’hydrogène vert pour une mobilité décarbonée : recharge de vélos hydrogène, de véhicules hydrogène, d’engins de manutention et autres engins spéciaux. Les stations de recharge hydrogène se déclinent sous deux formats : des stations autonomes, produisant l’hydrogène sur site par électrolyse de l’eau connectée directement à des énergies renouvelables ou au réseau, et des stations de transfert ou l’hydrogène est approvisionné par une logistique externe.

Plusieurs déploiements ont été réalisés en France et de nombreux autres sont programmés, tant de stations de recharge que de flottes de véhicules.

Pour Jean Lain Automobiles, Gilles ARGOUT, Directeur de concessions, est revenu sur le principe de fonctionnement des véhicules à hydrogène grand public. La pile à combustible oxyde le dihydrogène contenu dans un réservoir avec le dioxygène de l'air, produisant ainsi de l'électricité et de la vapeur d'eau. Une voiture à hydrogène est donc une voiture électrique qui produit sa propre électricité, sans rejet de CO2 lors du roulage. La problématique tient surtout au stockage de l’énergie et à l’autonomie des voitures.

Certes, le prix d’un véhicule peut apparaître prohibitif, mais les aides de l’Etat, de l’Union Européenne et de la Région permettent d’abaisser le coût de 18 000 €. En outre, l’effet d’échelle, la réduction des métaux précieux (platine) dans les piles à combustible et l’accroissement de leur longévité devraient faire baisser les tarifs pour les ramener au niveau de ceux d’un véhicule thermique équivalent d’ici une décennie.

En matière de recharge, la voiture à hydrogène bénéficie d’un délai bien plus bref que celui d’une électrique, et ce pour des trajets de presque 600 km.

« En tant que distributeur régional, notre rôle est de faire découvrir la technologie et les voitures, qui s’adressent peut-être davantage aux entreprises et aux chefs d’entreprise aujourd'hui, mais qui marquent le démarrage d’une plus grande commercialisation. » a souligné Gilles ARGOUT.

Face aux enjeux de décarbonation, de décentralisation et de réappropriation de l’énergie par les territoires locaux et de digitalisation, Julien CHAUVET, Directeur d’ENGIE Cofely Hydrogène France, a mis en avant l’intérêt de l’hydrogène dont il est possible de piloter la production, pour un coût désormais compétitif. L’hydrogène renouvelable autorise un mix énergétique plus vertueux, ainsi qu’une mobilité verte avec pour seul rejet de la vapeur d’eau.

Dans ce cadre, l’offre d’ENGIE Cofely s’adresse à la fois aux industriels consommateurs d’hydrogène carboné, aux collectivités locales souhaitant développer la mobilité zéro émission, aux opérateurs de flottes (bus, véhicules utilitaires, etc.), aux territoires engagés dans la transition énergétique, etc. Il est également possible de construire des écosystèmes hydrogène, qui permettent d’accélérer le développement.

C’est dans ce contexte que ENGIE Cofely a affirmé son ambition et sa volonté d’être un acteur d’avant-garde dans la filière hydrogène avec des projets significatifs tels que :

• l’installation d’une borne de recharge pour le compte du Syndicat des Energies du Morbihan pour un premier test ;

• la mise en service d’une centrale de production d’hydrogène avec stockage pour le CEA à Grenoble, qui a désormais recours à une électricité verte sans carbone ;

• l’installation d’une station hydrogène avec électrolyseur et la mise en service de 8 bus hydrogène de 18 mètres en septembre 2019 à Pau ;

• le déploiement d’une station hydrogène à Chambéry, avec le soutien de l’Union Européenne et de la Région, pour initier une flotte de 100 véhicules dans le cadre du projet Zéro Emission Valley dès septembre 2019.

« Région à forte présence industrielle mais aussi première région productrice d’énergies renouvelables, la Région Auvergne-Rhône-Alpes se mobilise fortement autour des projets hydrogène et a vocation à montrer l’exemple pour accélérer la transition énergétique. » a indiqué Catherine AZZOPARDI, Directrice Environnement et Energie, Région Auvergne-Rhône-Alpes. A cet effet, les élus régionaux ont souhaité doter la politique énergie et environnement de la collectivité de 200 M€ pour les trois prochaines années.

Forte d’une concentration exceptionnelle des acteurs de la filière hydrogène (80 % des technologies hydrogène sont présentes sur le territoire), la Région Auvergne-Rhône-Alpes a pour ambition d’en faire une filière d’excellence. Afin d’accélérer le marché des usages de l’hydrogène et notamment booster la mobilité hydrogène, la Région a lancé le projet Zero Emission Valley pour un budget de 50 M€ avec le soutient de l’Union Européenne. Elle entend ainsi déployer simultanément 20 stations hydrogène et une flotte de 1 000 véhicules, qui pourront être subventionnés à hauteur de 12 000 € auxquels s’ajouteront les 6 000 € de prime à la conversion nationale. Un prix unique s’appliquera à tous les utilisateurs : 10 € le kg d’hydrogène, sachant que 1 kg d’hydrogène permet de rouler 100 km.

Un partenariat public/privé est à construire autour d’entreprises et de start ups du territoire pour verdir l’hydrogène, actuellement à 95 % « gris ». L’objectif est de proposer au marché des véhicules hydrogène au même prix que le véhicule équivalent diesel. La production d’hydrogène se fera à partir d’électrolyse et d’énergies vertes. Le projet Zero Emission Valley permettra, avec 4,3 M de litres de diesel remplacés et 13 000 t CO2 évitées, de répondre aux enjeux climatiques et de démontrer que développement économique, création de richesses et d’emplois ne sont pas incompatibles avec préservation de l’environnement.

« L’enjeu est de passer d’un système encore expérimental à une activité pérenne. Pour ce faire, la Région s’associe à Engie et Michelin au sein d’une société commerciale pour installer les stations hydrogène, ce qui représente une première en France. » a souligné Catherine AZZOPARDI.

Fabrice PANNEKOUCKE, Conseiller régional et Maire de Moûtiers, s’est félicité de l’ambition de la Région vis-à-vis du développement de la filière hydrogène compte tenu des enjeux environnementaux, d’aménagement du territoire et économiques. Il a également appelé à une réconciliation des sujets énergie, montagne et climat, qui sont complémentaires. « Il faut être complet et, dès lors que nous soutenons un modèle de développement économique sur un territoire, il faut s’intéresser en parallèle à la question des énergies, de leur production jusqu’aux utilisations de demain. ».

Edouard DOVILLAIRE, Directeur recherche et développement, a évoqué les travaux menés par POMA sur l’empreinte écologique de ses appareils de transport par câble. A cet égard, la phase la plus impactante dans la vie d’un télésiège est celle de l’usage. Pour autant, cet équipement présente un taux de recyclage de 86 % et un taux de valorisation de 90 %. Durant la phase de consommation, le transport par câble génère 13,25g de CO2 par passager et par km, soit une performance beaucoup plus intéressante que d’autres solutions telles que le bus.

Afin de limiter la consommation énergétique, POMA a notamment travaillé sur le rendement de ses équipements avec le développement d’un moteur lent. Certes, le gain, de l’ordre de 5 à 8 %, n’apparaît guère élevé, mais il est à mettre en perspective avec la durée d’utilisation, de 30 à 40 ans.

Au niveau de la configuration des installations, l’ajustement de la charge, le juste dimensionnement, une vitesse adaptée aux besoins, etc. contribuent à une meilleure consommation d’énergie.

En conclusion, Edouard DOVILLAIRE a attiré l’attention sur l’intérêt du transport par câble en milieu urbain, qui représente une solution pertinente dans la gestion des flux croissants de la population citadine.

Enfin, suite à une expérience réussie de transport avec hydrogène embarqué dans les cabines, Edouard DOVILLAIRE a fait part de son souhait de voir cette piste réactivée à l’aune des projets évoqués lors des Rencontres Climat Météo Montagne.

11 heures

Océans et banquises extra-terrestres

Intervenante :
• Isabelle GRENIER, Professeur à l’Université Paris Diderot et à l’Institut Universitaire de France


« La Terre est une planète déshydratée ! L’eau sur la planète représente moins de 0,2 % de sa masse. » a énoncé Isabelle GRENIER, Professeur à l’Université Paris Diderot et à l’Institut Universitaire de France. La raison tient à sa proximité avec le soleil, les éléments légers comme l’hydrogène, l’hélium ou encore l’oxygène s’étant échappés dans l’espace à l’état gazeux lors de la construction de la Terre. Au-delà de la ligne de neige, entre Mars et Jupiter, l’eau reste glacée et elle s’est accumulée au fil des millénaires dans les petits astéroïdes et les comètes. Du coup, tous les corps à l’extérieur du système solaire sont très riches en eau et toutes les planètes internes se sont desséchées dès leur formation.

Comment expliquer la présence d’eau sur des planètes desséchées malgré tout ? Par le passé, le système solaire a connu deux périodes très agitées au cours desquelles les mouvements des planètes ont dispersé des corps résiduels situés à l’extérieur de la ligne de neige, qui ont alors percuté les embryons de Terre, Mars ou Vénus encore en formation. « En fait, l’eau sur Terre n’est pas l’eau d’origine, mais de l’eau apportée au bout de quelques millions d’années. » a précisé Isabelle GRENIER.

Toute la question pour les scientifiques ces dernières années était de savoir si eau provient des comètes, c’est-à-dire des réservoirs extérieurs du système solaire, ou des astéroïdes, plus proches, entre Mars et Jupiter. La réponse a été apportée par Rosetta qui a démontré que la composition de l’eau cométaire divergeait de celle de l’eau terrestre, qui proviendrait donc plutôt des astéroïdes entre Mars et Jupiter.

« Il s’agit dès lors de ne pas perdre cette eau et c’est malheureusement ce qui s’est passé pour Mars, qui n’a pas su la retenir faute de gravité et en raison de la présence de vents solaires qui ont érodé l’atmosphère. » a expliqué Isabelle GRENIER. Cela étant, il est possible que de l’eau demeure piégée dans les strates du sol, en sus de l’immense lac d’eau liquide récemment découvert sous la calotte de Mars. « Si nous voulons chercher de l’eau, il faut peut-être penser aux océans souterrains. ». En effet, pratiquement tous les satellites de Jupiter et de Saturne contiendraient des océans enfouis sous une banquise de plus de 20 km. A titre d’exemple, Titan abriterait 11 fois plus d’eau que sur Terre. « Cela étant, si vous voulez faire du ski là-bas, vous trouverez une glace plus dure que la roche ! C’est la raison pour laquelle les paysages ressemblent à des montagnes, la glace se comportant comme des roches. » a plaisanté Isabelle GRENIER.

Est-ce que les planètes avec des océans sont communes ou rares ? Est-il possible de rencontrer la vie sur d’autres planètes ? Sur l’ensemble des exoplanètes répertoriées à ce jour, 300 seraient pseudo-habitables à moins de 200 années lumière. A cet égard, le système Trappist attire plus particulièrement l’attention de par sa ressemblance avec le système solaire, si ce n’est une étoile naine rouge et froide en lieu et place de soleil. De l’eau a été détectée, mais elle n’implique pas pour autant la présence d’océans. En tout état de cause, au regard de la diversité d’étoiles, il est possible d’extrapoler et de supposer qu’il existe une vingtaine de milliards de planètes de type terrestre dans la galaxie, dont de nombreuses planètes extrêmement riches en eau, voire des planètes aquatiques. Toutefois, Isabelle GRENIER a rappelé que l’excès d’eau exclut la vie, celle-ci nécessitant des solvants favorables aux liaisons chimiques (carbone, argile, soufre, fer, zinc, etc.). « Finalement, une grande richesse en eau est peut-être décevante pour une planète, avec beaucoup de points d’interrogation. » a-t-elle précisé. Néanmoins, les scientifiques commencent à cerner davantage les mécanismes de l’eau, des poussières, des gaz, etc. dans l’univers.

11 heures 35

Comment préserver l’abeille, pollinisateur vital à la biodiversité et grand témoin des changements climatiques

Intervenant :
• Klébert SILVESTRE, Pisteur-secouriste et apiculteur


Premières victimes des pesticides, de la pollution et du changement climatique, les abeilles sont aujourd’hui menacées d’extinction. A travers la présentation du cycle de vie de l’abeille noire des Belleville, Klébert SILVESTRE, Pisteur-secouriste et apiculteur, a attiré l’attention sur la nécessité de préserver son environnement.

L’abeille noire des Belleville ou Apis Mellifera-Mellifera a survécu à deux glaciations depuis plus de 10 000 ans. Espèce rustique, capable d’hiverner en haute montagne et de se développer rapidement au printemps, elle vit en symbiose avec la nature. La population varie de 15 000 à plus de 50 000 abeilles dans une ruche selon la saison. 2 000 à 5 000 mâles sont présents d’avril à août, toutes les autres abeilles étant des ouvrières tour à tour nettoyeuses, nourricières, cirières, bâtisseuses, ventileuses, butineuses, etc. Elles sont capables de butiner même quand il fait frais et la reine qui réduit sa ponte en cas de disette.

Suivre la vie d’une ruche, c’est suivre le climat au fil des saisons. Après l’hiver au repos sous la neige, la floraison du noisetier à la fin du mois de février lance la saison du butinage. Au fil des années, Klébert SILVESTRE a observé de grands écarts de floraison, signe d’un bouleversement climatique à ses yeux. En mai, toutes les prairies sont en fleurs et la période de l’essaimage commence. Juin, juillet et août sont les mois de récolte du nectar et du pollen, et les ruches sont pleines de miel à l’automne.

Face à l’importation massive d’abeilles italiennes ou asiatiques, réputées plus productives, et au risque d’hybridation qui lui ferait perdre ses qualités, les apiculteurs locaux sont désormais invités à déposer leurs ruches sur le site du conservatoire de l’abeille noire des Encombres.

11 heures 40

Quel est l’impact de la météo sur notre système ferroviaire français ?

Intervenant :
• Fabrice IMBERT, Président de la commission des transports terrestres et génie civil/Conseil supérieur de la Météorologie de Grenoble


Fabrice IMBERT, Président de la commission des transports terrestres et génie civil, a passé en revue les principaux constats du changement climatique pour le gestionnaire du réseau et les entreprises ferroviaires.

Au fil des retours d’expérience, les hivers semblent de de plus en plus doux et les périodes dites « chaudes » plus longues. Dans le même temps, les phénomènes intenses (tempêtes, inondations, neiges, orages, etc.) tendent à se renforcer. Pour le système ferroviaire, les échéances temporelles s’étendent du court terme (réduction de l’empreinte carbone) au moyen terme et long terme (durée de vie du matériel et des ouvrages d’art).

Les conditions météorologiques ont un impact sur la sécurité et la qualité du service ferroviaire. Pour pallier cette météo-sensibilité de l’exploitation, des mesures d’anticipation et de réaction existent, mais les changements climatiques en cours vont augmenter la variabilité et l’amplitude des aléas météorologiques. C’est la raison pour laquelle il a été procédé à un état des lieux sur la révision et l’adaptation des référentiels techniques en matière de construction, entretien et exploitation, mais aussi des études sur l’impact du changement climatique sur les demandes de transport, d’amélioration des bâtis, etc. Des méthodologies ont également été définies afin de réaliser des diagnostics de vulnérabilité et des stratégies de réponses adaptées et progressives à partir des états de vulnérabilité ont été préparées.

Après avoir présenté différents exemples de prise en compte d’évènements météorologiques (chutes d’équipements en raison du vent, déformation de rails à cause de la chaleur, etc.) et d’actions apportées, Fabrice IMBERT a indiqué que cette démarche permettra :

• des rapprochements plus formels entre les compétences des gestionnaires de réseau, des exploitants et des météorologistes ;

• la fiabilité des prévisions des événements extrêmes ;

• le regroupement de référents « métier » au sein d’une même structure, le projet « Impressyf », pour analyser, partager et proposer des améliorations en lien avec les différents événements météorologiques.

L’enjeu consiste à fédérer des compétences afin de mettre en place une offre de services autour de l’expertise de la donnée, l’identification d’orientations stratégiques, l’animation métier et assurer un relais pour les institutionnels. « Il s’agit d’accompagner le changement ensemble sur nos pratiques. » a conclu Fabrice IMBERT.

11 heures 55

Météo locale et sécurité routière en montagne

Intervenants :
• Benjamin BLANC, Directeur général du service des pistes de la Vallée des Belleville ;
• Jean-François GIRAUD, Journaliste, Autoroute Info ;
• Guy-Louis HUDRY, interlocuteur sécurité unique à la Préfecture de Savoie


Arriver à trouver un équilibre entre les contraintes de gestion des flux routiers, la météo et le risque avalanche relève d’une gageure. A ce titre, Benjamin BLANC a présenté le dispositif en place au niveau de la Vallée des Belleville. Il a par ailleurs souligné l’importance du suivi nivo-météo mis en place à cet effet tout au long de la saison.

Jean-François GIRAUD, Journaliste à Autoroute Info, a rappelé la diversité du paysage autoroutier en Rhône-Alpes, également caractérisé par un trafic pendulaire extrêmement important. Dans ce cadre, la météo est une préoccupation du quotidien pour les journalistes d’Autoroute Info, car tous ses aspects (pluie, soleil, verglas, brouillard, etc.) peuvent donner lieu à un inconfort sur la route. C’est la raison pour laquelle un partenariat a été noué avec Météo France, ce qui permet de diffuser deux flash info par heure.

En outre, lors des grands chassés-croisés, Autoroute Info passe en mode d’antenne rouge multiplie les annonces. Les journalistes informent les automobilistes sur des zones resserrées. D’autres sont en lien avec les autorités pour donner des conseils en situation de crise, sachant que « les auditeurs prennent pour argent comptant tout ce qui est dit à l’antenne. » a précisé Jean-François GIRAUD.

L’objectif à terme est de réduire la carte géographique pour l’automobiliste afin de lui donner une visibilité du trafic et de la météo au plus près, à 500 m ou 1 km, car c’est ce qu’il recherche. Une application et des outils sont d’ailleurs en cours de développement et permettront aux journalistes de travailler de manière beaucoup plus précise.

Guy-Louis HUDRY, interlocuteur sécurité unique à la Préfecture de Savoie, a expliqué ses missions. En liaison directe avec le Maire, il assure l’interface de communication entre les autorités et la réalité du terrain. Basé dans la vallée des Belleville, il coordonne l’action des forces de l’ordre, du service des pistes, des offices de tourisme, etc. pour diffuser au mieux les recommandations en situation de crise.

La météo est un élément incontournable de la prise de décision en zone de montagne et la vallée des Belleville est particulièrement concernée par le risque de coulée et d’avalanche en cas de forte chutes de neige. « Il nous appartient donc de déclencher des avalanches afin de les prévenir au fur et à mesure, ce qui génère des fermetures de route pour une durée de quelques heures. » a précisé Guy-Louis HUDRY.

12 heures 10

La qualité de l’air dans les vallées… et en montagne.
Respire-t-on mieux ici ?

Intervenant :
• Jean-Baptiste RENARD, Directeur de recherche au CNRS


Il est possible de de distinguer deux types de pollution liée aux activités humaines que sont les transports, l’industrie, l’agriculture, les chantiers ou encore le chauffage : l’ozone et les particules. Les particules primaires sont principalement issues du transport (moteur diesel), du chauffage au bois, des centrales thermiques et des chantiers et les particules secondaires se forment à partir de réactions chimiques entre différents gaz comme les nitrates, le sulfate, l’ammonium, etc. a indiqué Jean-Baptiste RENARD, Directeur de recherche au CNRS.

« Vous avez une grande variété de formes et d’origines parmi les particules fines, ce qui pose des problèmes de terminologie pour définir leur taille. » a signalé Jean-Baptiste RENARD. Pour leur part, les normes européennes relatives à la pollution visent les particules les plus lourdes. Or les particules fines inférieures à 1 micromètre, qui sont les plus nocives, ne pèsent rien et leur masse cumulée s’avère relativement faible. Cette unité de mesure par la masse est donc susceptible de passer à côté d’épisodes de pollution importants.

Les émissions de polluants sont permanentes, avec des sources saisonnières. En hiver, les pics de pollution sont liés au chauffage, notamment le chauffage au bois. « Il n’y a rien de plus toxique et dangereux que le chauffage au bois, et ce pour un rendement très faible. Vous produisez énormément de particules fines qui correspondent à plusieurs dizaines de camions. » a alerté Jean-Baptiste RENARD. Au printemps, les pics sont associés à des aérosols secondaires liés aux activités agricoles et à de l’import de pollution. En été, l’ensoleillement influe grandement sur la pollution. Le taux de pollution dépend également des conditions météo, le vent la dispersant, la pluie la lessivant, etc.

A une échelle locale, dès qu’il y a une activité industrielle forte, des grands axes de transport, des maisons chauffées au bois et un relief défavorable (vallée ou cuvette), des points chauds de pollution se créent.

La pollution et les particules fines engendrent des risques sanitaires importants. Chaque année, 40 000 décès prématurés en France sont dus aux particules, soit 6 mois de perte d’espérance de vie. Cela génère par ailleurs des pathologies à moyenne et longue durée. « Il est possible de retrouver des particules de carbone dans l’ensemble des organes du corps humain. Pour prendre un contre-exemple riche d’enseignements, dès lors que la ville de Tokyo a décidé d’arrêter le diesel en ville, -20 % de décès liés à un AVC ou une crise cardiaque ont été constatés. » a mis en avant Jean-Baptiste RENARD.

Le suivi de la pollution est assuré par des réseaux indépendants de qualité de l’air qui réalisent des mesures normatives, en l’occurrence Atmo Auvergne-Rhône-Alpes dans les Alpes. Cependant, il n’existe que peu de stations de mesure en montagne. Les mesures réalisées sont donc ponctuelles, au moyen de stations mobiles, le plus souvent en été, ce qui ne permet pas de lever les incertitudes et de réaliser un état des lieux précis de ce qui se passe en altitude.

A travers l’exemple de la vallée de l’Arve, Jean-Baptiste RENARD a démontré qu’en moyenne sur une année, la pollution aux particules fines provient essentiellement du secteur résidentiel, donc du chauffage. Les véhicules légers représentent quant à eux 20 % de la pollution. Qui plus est, en hiver, 70 % des particules fines proviennent du chauffage au bois. En été, la contribution majoritaire est celle des aérosols naturels. Au regard du nombre de jours de pollution en PM10 enregistrés sur une année, il s’avère que la vallée de l’Arve est aussi impactée sur le périphérique parisien. Il est à noter une tendance à la baisse du NO2 et des particules fines depuis 2011. Cependant, les valeurs demeurent trop élevées pour ne pas avoir de conséquences sanitaires.

« Qu’en est-il pour les stations de sport d’hiver en montagne ? Nous pensons qu’il y a un peu d’ozone en été et sans doute des particules fines liées au trafic routier, au chauffage au bois, etc. Cependant, en l’absence de mesure, il est difficile de se prononcer. » a conclu Jean-Baptiste RENARD. Il est donc essentiel d’entreprendre des campagnes de recherche avec des appareils capables de résister aux conditions locales.

12 heures 30

Avalanche : le risque 3 n’est pas un risque moyen

Intervenant :
• Dominique LETANG, Directeur de l’ANENA


Après la diffusion d’un film de sensibilisation au risque d’avalanche, Dominique LETANG, Directeur de l’ANENA, a présenté les missions de l’Association Nationale pour l’Etude de la Neige et des Avalanches.

Créée à la suite de l'avalanche catastrophique du 10 février 1970 à Val d'Isère, les premiers objectifs de l'ANENA étaient tournés vers l'amélioration de la connaissance du phénomène et des moyens de s'en protéger.

Les efforts de l'association portent maintenant davantage sur la vulgarisation et la diffusion des connaissances acquises sur la neige, les avalanches et la sécurité en montagne enneigée. L’information est destinée au grand public (adultes et enfants), ainsi qu'aux professionnels de tous horizons.

L'ANENA forme également les personnels de terrain en matière de sécurité : spécialistes en déclenchement préventif des avalanches à l'aide d'explosifs, maîtres-chiens d'avalanche et servants de l'avalancheur.

« L’avalanche est le risque naturel le plus meurtrier en France, avec 30 morts en moyenne chaque année depuis 50 ans. Or 90 % des avalanches sont provoquées par l’action du skieur sur le manteau neigeux, le plus souvent dans les quelques jours qui suivent une chute de neige, par beau temps et le week-end. » a souligné Dominique LETANG. Le risque 3 n’est pas un moyen et il mérite d’être entendu comme sa traduction en anglais : considérable.

Après avoir remercié les organisateurs et les intervenants pour la qualité de leurs interventions, Christian REVERBEL a insisté sur le fait que le risque zéro n’existe pas et n’existera jamais. Face à la nature, il a invité à rester humble.

 

Clôture des Rencontres

En clôture des Rencontres Climat Météo Montagne, Christian REVERBEL, en compagnie de Jean-Pierre ROUGEAUX, Maire de Valloire et représentant l’ANMSM, d’André PLAISANCE, Maire des Belleville et de Max ROUGEAUX, représentant la société TechnoAlpin, a remis à l’ONG « Les Puits du Désert » des pompes à enneigeurs recyclées qui permettront de créer de nouveaux puits et lutter contre la famine grandissante au Niger. Pour la deuxième année consécutive, la station de Valloire et TechnoAlpin font preuve d’un bel élan de générosité. Qu’ils soient largement remerciés pour ce geste fort et solidaire !